Montée de l’antisémitisme : récupération et opportunisme décomplexés ?

Dans cette étrange période où la société française fait une indigestion au régime, l’antisémitisme refait surface comme une remontée acide. La recrudescence d’actes nauséabonds doit alerter : la montée du racisme annonce, ou du moins prépare la barbarie, et rien de ceci ne doit être banalisé. Il faut, plus que jamais, se poser contre la maladie de l’antisémitisme et mettre ses porteurs en quarantaine. Toutefois, est-il nécessaire pour cela d’être main dans la main avec Macron ? Faut-il, pour lutter contre le racisme, marcher avec ses adversaires, au motif que les ennemis de mes ennemis… mais non. A l’heure de la confusion, il est du devoir de chacun de faire preuve de la plus grande clarté dans ses positions. Ne pas céder aux pressions et, tout en dénonçant l’antisémitisme et tous les maux de la même espèce qui pourraient se présenter, ne pas vendre pour cela sa ligne et sa politique.

La recrudescence de l’antisémitisme

Mardi dernier, environ quatre-vingts tombes du cimetière juif de Quatzenheim en Alsace ont été découvertes profanées. La semaine passée, la petite-fille de Dolorès Ibarruri a trouvé la tombe de sa grand-mère, l’historique secrétaire générale du Parti communiste espagnol, souillée par des nazillons sans honte. Les exemples pourraient se multiplier, aucun n’est justifié. A fortiori les attaques verbales contre Alain Finkielkraut doivent être dénoncées au même titre que les autres, malgré le caractère régulièrement puant de ses opinions, lequel n’a rien à voir avec sa judéité (il y a par ailleurs tant de choses, fondées elles, à reprocher à ce pseudo-penseur).

Il est donc, plus que jamais, nécessaire de se positionner en contre de ces attaques antisémites. De publiquement soutenir les victimes, condamner les responsables, rechercher les causes, développer un contre-discours. Nier quand il le faut la division de l’humanité en prétendues races (ce qui est, pour nous socialistes, d’autant plus aisé qu’au mensonge des races nous avons depuis longtemps substitué l’analyse des classes).

L’opportunité de l’union sacrée

Faut-il pour autant le faire main dans la main avec Macron ? L’idée d’une marche contre l’antisémitisme n’est pas mauvaise. Elle peut être salutaire, si elle permet d’opposer aux paroles de haine des actes de tolérance. Mais regardons de plus près l’appel à manifester : tous les partis invités, réunis dans une sorte d’union sacrée contre l’antisémitisme, voilà qui ressemble à une réponse efficace. Mais, que se passait-il récemment en France ? Est-ce que le régime n’était pas contesté ? Est-ce que la République n’était-elle pas elle-même remise en cause ? Pourquoi, soudainement, ceux qui condamnaient les réformes des têtes de l’Etat leur demandent soudain de se charger efficacement du maintien de l’ordre ? Il faut croire que la première crise a suffi à faire vaciller les lignes politiques des partis institutionnels – à ce niveau de fragilité, ce ne sont plus des lignes mais des postures.

Que chacun se prononce communément contre l’antisémitisme est une évidence. Que Macron en profite pour rappeler que « nous avons tous en commun la République », voilà qui est plus problématique. La République qui détruit les retraites et livre la sécurité sociale à la spéculation, qu’ont à y voir les socialistes ? La République qui impose des frais supplémentaires aux étudiants étrangers, comment ose-t-elle s’élever contre le racisme ? Laisser l’émotion que peuvent susciter – à juste titre – de tels événements nous faire oublier les oppositions fondamentales qui nous séparent du régime de Macron, c’est commettre une erreur qu’il nous fera payer à la première occasion. Nous pouvons condamner l’antisémitisme sans passer la main dans le dos de Macron.

Dans les autres partis aussi : la question de l’antisionisme

S’il ne s’agissait que de surfer sans scrupule sur ce grave contexte, l’opportunisme ambiant ne mériterait pas un article (pas même court, comme celui-ci). Mais, par un hasard cocasse, la question de l’antisionisme juge opportun de se montrer, et voilà qu’un groupe de députés propose de faire de l’antisionisme un délit.

Il faut là encore être prudent mais clair. L’antisionisme est une opinion. Cette opinion repose sur des raisons variables : il peut s’agir d’une critique de l’existence de l’Etat d’Israël du fait des conditions de sa fondation (bâti sur une terre déjà occupée), ou de la politique colonialiste et violente qu’il mène à l’encontre des Palestiniens. Dans ces deux cas comme dans d’autres, les raisons religieuses n’ont aucune place dans le raisonnement. Ajoutons que l’antisémite dispose rarement d’un raisonnement politique très élaboré, et il est rare de voir un raciste trouver dans des problèmes géopolitiques complexes les causes de sa haine viscérale. Enfin, un tel détour serait le marqueur d’une période où l’antisémitisme devrait se dissimuler : or aujourd’hui, les racismes se déchaînent à visage découvert. S’il peut cracher sa haine sans crainte, pourquoi le raciste la couvrirait-elle d’un voile de pseudo-réflexions géopolitiques ? Profiter du climat de combat justifié contre l’antisémitisme pour criminaliser des opinions contraires aux siennes est une manœuvre de peu de vergogne.

Préparer les européennes

Pendant ce temps, la République en Marche – qui, accordons-leur au moins cela, perdent rarement le nord – prépare les européennes. Et Sylvain Maillard, député de la majorité bien-aimée, de déclarer sur Public Sénat que « le Rassemblement National et la France Insoumise portent des racines antisémites très claires ». Pour ce qui est du RN, cela ne fait aucun doute. Mais pourquoi se réveiller maintenant ? Et pourquoi y associer un mouvement aussi magmatique et fractionné que la France Insoumise ? Il n’y a aucun lien à établir avec la campagne pour les européennes.

Que ces accusations soient fondées ou non n’est pas la question. Ce qu’il faut garder à l’esprit en revanche, c’est que le parti LREM est d’assez peu de bonne foi pour instrumentaliser un contexte de lutte contre l’antisémitisme pour se sauver, et qu’il ne craint pas de se raccrocher du bout des doigts à la mémoire des victimes d’actes barbares.

Conclusion : une tendance générale

 En fin de compte les partis de la Cinquième République sont cohérents avec eux-mêmes. De même que les gilets jaunes, après s’être piqués quelques semaines d’une juste indignation, se rangent progressivement dans le cadre du régime, poussant le vice jusqu’à présenter une, et même des listes aux européennes. Alors que le monarque vacillait, il a invité tous les responsables des partis institutionnels à un grand débat dont il choisissait les questions, le temps de progresser sur ses réformes destructrices. Et que croyez-vous qu’ils firent ? Un par un, ils sont accourus. Tout se remet en place comme prévu.

Le contexte d’antisémitisme croissant n’est pour ce régime qu’un moyen supplémentaire de se maintenir. Aussi vrai qu’il faut combattre l’antisémitisme, il ne faut pas perdre de vue le danger que court l’ensemble des travailleurs aujourd’hui. Oui, marchons contre le racisme ; personne n’a dit que cela devait nous empêcher de marcher contre Macron.

Jérémie Daire

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