L’Éveil, chapitre 2

Vivre, comprendre et s’émanciper. Prendre conscience d’être femme, se l’autoriser et le devenir. En voici le récit.

Si vous souhaitez connaitre sa vie, prenez la vôtre. Ces réveils n’ont donc que peu de respect pour le sommeil des gens ? Elle vérifie l’heure, 7h00, si tôt pour se lever, l’avenir attendra. Malgré tout, il est temps d’accueillir l’air frais du Paris gris. Femme, homme ou les deux, il est nécessaire de s’habiller. Pour certains c’est un luxe, pour d’autres c’est une habitude. Pour certains c’est tout juste utile, pour d’autres, leurs habits font le moine. Elle opte pour la sobriété. La monotonie de la journée l’accompagne jusqu’au soir. Elle l’attendra le lendemain à sa porte. Elle aimerait rencontrer quelqu’un, ou quelqu’une, elle ne sait. Cela lui rappelle un diner, qui remonte à l’époque où les enfants sont encore enfants, petites choses à protéger mais à éduquer. Son oncle, avec son grand sourire s’était approché, l’avait prise dans ses bras et après un baiser sur le front, lui avait demandé : « Alors t’as trouvé un amoureux ? ». Un amoureux ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il faut forcément tomber amoureux d’un garçon ? « On me demande toujours si j’ai un amoureux, pourquoi ? Pourquoi un garçon ? » Surprise dans les yeux de son oncle, puis un sourire. « Tu as raison ma puce, après tout, pourquoi ? ».

Une légère pluie s’abat sur Paris, les gens se protègent de cette eau, en effet, cela mouille. Parapluies, capuches, cols relevés ou encore dos arrondis, tous les moyens sont bons. De retour chez elle, les sourcils froncés et l’esprit ailleurs, elle dîne sans un mot, ces derniers sont trop occupés à trouver leur forme dans ses pensées. Elle soupire, ne sait que dire, et se laisser bercer par son ire. Sourcils froncés et visage crispé. L’humeur n’est pas au rendez-vous, du moins, pas la bonne. Son frère cherche à la réveiller, la bouscule, et cherche son attention. « Laisse-moi putain » dit-elle, « aide moi » pense-t-elle. « T’es reloue, t’as tes règles ou quoi ? » répond-il. Tiens, intéressante cette remarque, que vient-elle faire là ? Maladresse, pure ignorance ou absurdité ? Réellement, pourquoi cette remarque ? Sincèrement, pourquoi cette logique ? Homme et femme, femme et homme, écriture inclusive ou non, écriture tout court, après tout c’est déjà une femme.

Une pensée l’accompagne depuis quelque temps, les gens parlent d’amour, disent l’amour, font l’amour mais elle s’interroge. Elle aussi espère vivre cela un jour. « T’inquiète, l’amour viendra quand tu ne t’y attendras pas ! ». Hum, merci de ne rien m’apporter, si ce n’est la contradiction même. Ce tumulte de pensées assombrit la jeunesse de son regard, elle se verrait bien, assise au bord de la fenêtre, larmes aux yeux, la pluie battante et une musique douce, presque triste. Les clichés nous appartiennent encore, à nous de les changer. Puis imaginons une course effrénée, une femme face au monde, fuyant une quelconque réalité…

D’ailleurs revenons-y.  Elle appelle son père, elle a besoin de serviettes hygiéniques, il est sur place, elle lui indique ce dont elle a besoin. Il s’y perd mais remplit la commande. Puis le soir même sa mère s’offusque : « Pourquoi est ce que tu as demandé à ton père de t’acheter ça ? Encore une fois, pourquoi pas ? On peut s’amuser à jouer délicatement avec les préjugés, on veut essayer de les briser, avec soin et minutie, sans brusquer ceux qui y vivent. L’écriture pleure et espère les différences. L’homme quant à lui en jouent. Mais ne nous inscrivons pas dans un mauvais film d’auteur. La réalité offre bien plus.

Elle sort de chez elle, mains dans les poches et les Artic Monkeys dans la tête, elle s’en va rejoindre Claire à la bibliothèque. Étudier appartient aussi aux étudiants. Ses quelques amis de sa classe sont présents, tous avec une clope à la main, leur sac entre les jambes, discutant. Claire se plaint du froid et de la difficulté de son devoir. « Ahah c’est vrai que le ménage c’est plus simple ». Regard consterné des jeunes filles. « Oh ça va c’est de l’humour ». Entendu, si c’est une blague… Dans ce cas rions aussi des hommes, des non-binaires et de tous. Il est vrai, cela fait beaucoup de morales générales mais étrangement elles sont parfois trop étrangères. Un de ses amis, Louis, vient vers elle, presque timidement et lui demande comment elle va : « Ça va ? ». Louis a toujours été beau garçon, attentionné et souriant à toute occasion. Il s’intéresse au cours de langue qu’elle prend en plus dans un lycée voisin. L’approche est maladroite mais innocente. Et puis ses tentatives désespérées de ne pas baisser les yeux vers son décolleté sont mignonnes. Cela change de certains. Elle rentre avec Claire, cette dernière refuse de prendre une photo aux côtés son amie, en effet, sa tenue est légère, ses formes de femmes sont visibles, attirent les regards et son copain lui interdit de trop s’exposer. Mais et alors, ce n’est pas à lui de décider comment tu t’habilles hein. Oui oui elle le sait, mais il a peut être raison après tout, et puis elle l’aime. D’ailleurs elle a décidé de prendre la pilule et donc puisqu’elle risque de grossir légèrement, autant se couvrir non ? Et puis elle aime son copain. N’est-ce pas suffisant comme raison ? Claire finit par embrasser son amie et rentre chez elle. Son amie, la notre également, rejoint son appartement, elle attend la confirmation de sa bourse pour poursuivre ses études dans son école. Ce n’est pas encore arrivé. Bref.

Ses yeux espèrent pouvoir se reposer dans le creux de la paupière. S’étalant sur son lit, encore habillée, elle les ferme, rien que 5 minutes et après je travaille. Or c’était sans considérer l’accueil que Morphée lui avait préparée. En y pensant, elle n’aime pas cette expression, ce n’est pas les bras de Morphée qui l’intéresse, c’est l’éloignement qu’elle recherche. Ses pensées ne s’ordonnent pas, leur flot envahit son esprit, elle pense ici et là, de haut en bas, de gauche à droite… Elle est lasse de ce tumulte, elle aimerait suivre une ligne sans trop s’en écarter, une ligne qui serait la sienne mais sienne est encore une idée floue.

À suivre …

Solal Schilton

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *