Lettre ouverte sur les droits humains en psychiatrie

Madame, Monsieur,

Je souhaite vous parler des droits humains concernant la psychiatrie et en particulier de ses violations graves, fréquentes, et parfois systématiques en France aujourd’hui. Je souhaite rappeler en premier lieu que la France a été condamné par l’ONU (et plus particulièrement son comité contre la torture) en 2016 pour ses établissements psychiatriques. Force est de constater aujourd’hui qu’absolument rien n’a changé depuis 2016 et depuis la prise au pouvoir de LREM, ces violations sérieuses ne semblent pas faire parti aujourd’hui des priorités, ou même des centres d’intérêts de votre parti.

Et pourtant quand, dans certains hôpitaux, encore aujourd’hui, on attache les malades, première chose à faire, quand ils/elles viennent à peine d’arriver, y compris des patient-e-s volontaires ! Et quand bien même cette contention ne possède aucune forme de justification, en violation flagrante de la loi de 2016 sur la contention mécanique (vous noterez qu’il a fallu attendre 2016 pour qu’on interdise au personnel soignant d’attacher les malades selon leur bon vouloir, de telles lois ont généralement été passées au moins 20 ans plus tôt dans la plupart des pays voisins). Les malades psychiatriques sont- ils/elles des animaux pour qu’on les enferme et les attache dès leur déchargement ? Non ? Pourquoi alors clamer tout haut que la France est le pays des droits humains ? C’est faux, de manière éhontée, et je vous joins la réaction d’une de vos codéputées qui est passée dans l’hôpital d’Amiens.

J’ajouterais aussi que malgré cette loi de 2016, qui demande aux hôpitaux de noter et d’évaluer l’usage fait de la contention mécanique, nombreux sont ceux qui n’appliquent simplement pas cette disposition tel que relevé par la CGLPL ? Et nul n’est censé ignoré la loi ?

Et quand bien même ce travail est fait, il revient aux ARS de l’évaluer, agences on ne peut moins critiques qui n’oseraient jamais se dresser face à un hôpital. Lorsque la CGLPL a fait un scandale à propos de l’hôpital Saint Étienne et a saisi le ministère de la santé, l’ARS régionale était passé quelques mois plus tôt et n’avait pas relevé le moindre problème. Si au moins ces données étaient publiées (de manière anonymisée, sans faire mention des noms des patient-e-s bien sûr), on pourrait espérer que le public pourrait prendre conscience de l’ampleur de ces violations, mais aussi réaliser les différences d’un établissement à l’autre. Peut-être ainsi les hôpitaux auraient-ils à cœur d’essayer de ne pas faire un usage abusif de cette méthode nocive, voire de réduire et de bannir son usage et de lui préférer la contention physique (manuelle). La contention mécanique a été abolie en Islande voilà maintenant 85 ans, est quasiment inutilisée en Angleterre et a déjà été interdite dans deux établissements psychiatriques français, grâce à la bienveillance des équipes soignantes dans ces centres et aux moyens suffisants qui leur sont alloués. Au vu des effets nocifs et parfois traumatiques de cette méthode, sur des personnes malades et vulnérables, sans compter la rupture de toute forme de confiance qui peut exister entre patient-e et soignant-e qui en résulte souvent, il serait plus que souhaitable de s’intéresser aux manières d’éviter ce genre de pratiques.

Je tiens à souligner avant cela que toutes les formes de contention (il en existe trois, mécanique, chimique, environnementale) devraient faire l’objet d’un strict contrôle concernant leur usage, et devraient voir les données concernant leur utilisation établissement par établissement publié, afin d’inciter les établissements à faire de l’usage de la contrainte et de sa réduction une priorité. L’usage de la contrainte est justifié dans certains cas sur des personnes qui ne disposent plus de leurs facultés mentales et ne peuvent pas décider de manière éclairée si elles devraient avoir un traitement. Mais il est capital que soit compris que l’usage de la contrainte sur des personnes malades et vulnérables mène extrêmement facilement et rapidement à des abus parfois totalement aberrants. Cet usage doit donc être évité et réduit au maximum. Je reprendrais les mots de la CGLPL qui demande la fin de la « culture de l’enfermement ». Les violations répétées, graves, et systématiques des droits humains des malades psychiatriques ont des conséquences sérieuses et parfois irrémédiables sur leur autonomie, sur leurs possibilités de rétablissement et sur leur insertion ou réinsertion dans la société, avec à la clé pauvreté, chômage, rechutes. Ces manquements ont des conséquences sociétales graves, et leur résolution devrait constituer l’une de vos priorités.

Bien cordialement,

Thibault Vlieghe

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