Le harcèlement sexuel dans les transports en commun

Les récents scandales médiatiques, portés par certains mouvements comme #MeToo, ont permis de mettre en lumière un fléau bien connu mais omniprésent dans nos sociétés contemporaines : le harcèlement et l’agression sexuelle.

Des victimes de tout âge

Comme à son habitude, Safiétou, jeune francilienne d’à peine vingt ans, emprunte la ligne 7 du métro en direction de La Courneuve pour rentrer chez elle. Alors qu’elle recherche une place pour s’asseoir, un homme commence à la regarder de manière insistante. Elle ne réagit pas et trouve finalement un siège. L’homme s’approche et décide de s’asseoir en face d’elle. Commence alors une valse d’injures :  il la trouve « charmante » et envisage plus ; alliant les gestes à la parole, l’homme commence à se masturber à travers son jogging. Excédée par ce triste spectacle, Safiétou sort son téléphone et filme sans que cela ne dérange l’homme ; qui continue de se donner du plaisir stations après stations. La vidéo fera le tour du web, et entraînera de nombreux témoignages sur les réseaux sociaux. Finalement identifié, ce qui est une première, l’agresseur sera jugé courant février.

Ce que Safiétou appelle « son quotidien » c’est également celui de millions d’autres femmes à travers le monde. On aurait pu penser que les divers scandales qui ont agité la scène médiatique ces dernières années auraient eu raison de ce fléau, mais il n’en est rien. Le mouvement continue à prendre de l’ampleur et les victimes se font toujours plus nombreuses. Selon l’enquête de l’INED datant de 2016, ce sont chaque année 600.000 femmes françaises qui sont victimes de harcèlement sexuel, contre 200.000 pour les hommes. Elle révèle également que 75% des femmes ont déjà subi une forme de harcèlement ou de violence sexuelle.

Malgré tout, la loi pénale s’est durcie sur ce point. Le nouvel article 222-22 punit toute forme de harcèlement sexuel de 30.000€ d’amende assorti d’une peine de 2 ans d’emprisonnement. Pour autant, les agresseurs agissent à visage découvert dans ce qui semble être l’impunité la plus totale.

Les témoignages se multiplient et pour autant la donne ne change pas ! L’impardonnable se profile chaque matin dans les transports en commun, lieu où, pour certains, se masturber à la vue de tous est devenu la norme. Le nombre de victimes est croissant et de plus en plus jeunes. Pour une condamnation, ce sont dix nouvelles victimes qui font leur apparition, semblable à l’Hydre de Lerne. La solution pour endiguer ces dérives ne semble pas encore avoir été trouvée, ou alors manque cruellement d’efficacité !

Du harcèlement sexuel, à l’agression sexuelle

Les mots crus et l’exhibitionnisme ne constituent qu’une infime partie des violences sexuelles puisque dans les transports, certains n’hésitent plus à passer à l’acte. Le métro bondé fait office de cour de récréation pour les « serials-frotteurs » et autres agresseurs. Ces agressions ne s’arrêtent pas à des attouchements, certains cas relèvent même du viol.

Malgré la reconnaissance juridique de la gravité de ces actes, il est triste de se dire qu’au pays des droit de l’homme, la société stigmatise souvent plus la victime plutôt que de condamner l’agresseur. Nous vivons effectivement dans un monde où l’agression sexuelle est d’une banalité affligeante, où certains se contentent de détourner le regard…

L’indifférence des usagers devant les hurlements des victimes ou devant une scène d’attouchement remet en cause le fondement même de nos valeurs : pouvons-nous encore prétendre avoir comme des valeurs fondamentales la fraternité ou la solidarité ?

La réalité de l’impunité

Là encore, la loi pénale s’est extrêmement renforcée depuis 2012 en matière d’agressions sexuelles. Le nouvel article 222-23 les punit de 75000€ d’amende assortie à une peine d’emprisonnement de 5 ans. Et pour autant, cela est très insuffisant. Le problème ne vient pas de la loi en elle-même, mais de son incapacité pour les juges de la faire appliquer.

En effet, bien que la loi soit sévère, elle n’a pas ce facteur dissuasif que le législateur de 2012 a pourtant cherché à lui donner. Les agresseurs ne sont presque jamais identifiés par la justice, les victimes traumatisées se renferment et hésitent à dénoncer. Et même quand elles se décident enfin à le faire, il demeure difficile d’obtenir réparation, notamment parce que les conséquences émotionnelles d’une agression sexuelle ne sont pas quantifiables, certaines victimes mettent plusieurs années à se reconstruire après une agression, elles sont comme marquées au fer rouge.

Dans le cas d’agression dans les transports en commun, retrouver l’agresseur se révèle être une tâche complexe pour les forces de l’ordre (même avec les systèmes de vidéosurveillance). Si la victime porte plainte, elle le fera contre X et sauf récidive de l’agresseur ou d’un signalement répété, il est fort probable que l’on ne le retrouve jamais. Ainsi, dans la disposition actuelle de la loi, et en l’absence de service de protection suffisant notamment dans les transports en commun, l’agresseur est tout-puissant et agit sans crainte, à visage découvert, il se laisse même photographier. Les risques pour lui de se faire prendre sont très faibles, voire inexistants.

Mais ce n’est pas tout, le manque de justice sociale se fait clairement ressentir, l’impunité est un facteur exacerbé par la passivité des témoins, qui en présence d’une agression sexuelle n’agissent que très rarement. Par crainte de devenir victime à leur tour, ou par crainte de représailles, la victime est laissée seule face à son agresseur à la vue de tous. Et quand la scène devient insupportable à regarder alors les témoins tournent la tête ou écourtent leur voyage de quelques stations. Il semble toutefois impératif de préciser, qu’en plus du délit de non-assistance à personne en danger consacré à l’article 223-6 du Code pénal, s’ajoute le délit social de lâcheté.  

Il est crucial que la peur change de camp

Il faut prendre conscience que le changement doit venir des mairies et des régions, qui doivent organiser la protection de leurs usagers dans les transports. Il serait possible d’imaginer une brigade de la police municipale qui prendrait le métro en civil et qui traquerait efficacement les violences sexuelles (et toutes les autres formes de violences que les transports en commun connaissent). Certaines de ces dispositions s’appliquent pour traquer le trafic de stupéfiant.  

Il serait aussi envisageable de mettre en place un service de sécurité qui serait en fonction sur les lignes de métro à partir d’une certaine heure le soir afin d’assurer une protection physique. Ce procédé existe déjà dans certaines villes : par exemple à Brest, l’exploitant BIBUS met en place un service physique de sécurité dans le tramway. Ainsi, leur présence est extrêmement dissuasive, et le  danger est considérablement atténué, et ce de jour comme de nuit.

Mais le gros du changement doit venir de nous, les usagers. C’est notre devoir de citoyen. Il faut en finir avec l’attitude du laisser-faire, de l’approbation par la passivité. Les agressions sexuelles, c’est l’affaire de tous, le fait de voir et de ne pas intervenir, c’est consentir.

Un rapport de force n’est pas nécessaire, interpeller la victime et faire croire à l’agresseur que vous la connaissez peut suffire à mettre fin à une situation qui pourrait rapidement devenir dramatique.

Dans les cas où nous sommes témoins d’actes graves, nous avons le devoir d’intervenir pour protéger la victime et interpeller les autres usagés pour lui venir en aide. Faire intervenir les forces de police et de gendarmerie pour empêcher l’agresseur de prendre la fuite. Toutes ces actions sont très simples et ne résoudront peut-être pas le problème en profondeur, mais auront le mérite de mettre fin à la passivité !

NB : Les tweets présents dans cet article ne constituent qu’une infime partie des témoignages qui inondent les réseaux sociaux. Cette sélection permet d’appuyer les exemples.

Tudual Huon


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