La Terre, cette fidèle créancière

Notre planète suffocante offre ses dernières richesses annuelles. À crédit et acculée par son mode de production, l’humanité doit réagir. À moins de devenir la victime de cet édifiant constat.

 

Depuis le 1er août, l’humanité vit à crédit. L’Homme a ainsi consommé l’ensemble des ressources que la nature peut renouveler en un an. Pendant plus de cinq mois, l’humanité vivra symboliquement « à crédit ». L’humain, débiteur, exploite jusqu’à la lie les dernières créances de dame Nature. Ce constat n’est pourtant pas nouveau et encore moins méconnu. En effet, dès 1992, plus de 1700 scientifiques indépendants, dont certains figurent au panthéon des sciences, tirent le premier signal d’alarme. Tous mettent en garde contre la destruction des ressources naturelles et l’explosion des besoins d’une humanité qui ne cesse de croître.

 

Cet appel n’est pas resté sans réponse puisque le 13 novembre 2017 est paru, dans la revue « BioScience », un nouveau manifeste signé, cette fois, par quinze mille scientifiques afin d’établir un constat lucide et objectif sur l’état – critique – de notre planète bleue. Le Monde, dans sa tribune du 21 novembre a choisi d’en publier des extraits et d’y ajouter des analyses sur les améliorations ou dégradations depuis les premiers signaux d’alerte en 1992. La réalité est amère. La plupart des défis environnementaux se sont considérablement aggravés depuis vingt-cinq ans : accélération du changement climatique qui paraît inéluctable sans une baisse significative du taux de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, épuisement des ressources halieutiques, en hydrocarbures, déforestation croissante, pollution des sols, de l’air et des eaux exponentielle et surtout le déclenchement du sixième phénomène d’extinction de masse dans lequel de nombreuses formes de vie sont amenées à disparaître. La liste, non exhaustive, laisse sans voix.

 

Quelques voyants allument au vert ou du moins en orange. Tout n’est pas perdu. Une partie des politiques et de l’opinion publique semble prendre – tardivement – conscience de la gravité de notre situation. Les énergies renouvelables émergent de plus en plus rapidement et à grande échelle, des accords – certes encore balbutiants – sont signés, la faim recule considérablement dans le monde et les avancées sociales telles que l’accès à l’éducation pour les filles et la protection du droit des femmes montrent bien la capacité de l’humanité à réagir face aux défis qui l’asphyxient.

 

Notre modèle économique, reposant sur une croissance intensive et exponentielle, appelle à être reconsidéré, corrigé et modifié. Dennis et Donella Meadows dans Les limites à la croissance (dans un monde fini) exposent une vision lucide des faiblesses du système productif actuel. Cet essai apporte une vision plus économique, mathématique et comptable des enjeux environnementaux par le biais d’une réflexion profonde sur l’essence même du système économique mondial : la croissance. Dès lors, il ne s’agit plus d’éviter le dépassement – comprendre la surconsommation des ressources par l’homme dans le cadre de ses activités – mais de penser à revenir dans les limites de la planète. Changer de mode de consommation, de production ? Privilégier une soutenabilité faible et une substituabilité forte ou prôner la substituabilité faible des capitaux et la soutenabilité forte ? Autant de réponses qui semblent évidentes, presque enfantines mais dont les solutions sont néanmoins plus compliquées à établir et à appliquer.

 

Il dépend donc de notre volonté à agir, à se documenter et à mobiliser notre esprit critique pour résoudre cet enjeu qui, au-delà du simple débat libéralisme-socialisme, concerne l’entièreté de l’humanité. L’écologie, la transition vers une économie plus verte et respectueuse doit désormais être placée au centre des discussions. Le moment où nous pouvons encore éviter un changement climatique irréversible ne doit pas être manqué. Le compte à rebours est déjà enclenché – et ce depuis bien trop longtemps. Il ne s’agit plus de balayer de la main cette question mais de la prendre à bras le corps. Ne soyons plus spectateurs d’une planète en déliquescence mais acteurs de sa renaissance : nous avons tous un rôle à jouer.

 

Gautier Serra

 

L’article du jour : Tribune : le cri d’alarme de quinze mille scientifiques sur l’état de la planète, Le Monde, le 21 novembre 2017.
Le livre du jour : Les limites à la croissance (dans un monde fini), Donella Meadows, Dennis Meadows et Jorgen Randers, édition Rue de l’échiquier.

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