La crise climatique est une crise capitaliste


L’évidence de l’urgence climatique s’est imposée aujourd’hui à la quasi-totalité du spectre politique. Ce qui est en jeu désormais, ce n’est plus tant le combat contre le climato-scepticisme que la lutte contre les idées fausses au sujet de cette crise. Entre faux-coupable et véritable urgence, clarifions quelques points.

Le climat est un enjeu d’économie politique

La supériorité de l’homme provient de sa capacité non seulement à maîtriser la nature, mais encore à user raisonnablement de ses ressources. Tout est dans le raisonnablement. L’état actuel du régime de production capitaliste, reposant sur l’accroissement des forces productives par une exploitation toujours plus poussée des ressources et des travailleurs, ne laisse aucune place aux raisonnements sur les conséquences environnementales de la production et relègue ce problème essentiel au rang de l’éthique. En fait, la concurrence entre capitalistes, moteur de base de la production sous ce régime, ne permet une ouverture vers une production plus éthique que lorsque celle-ci confère une valeur supérieure à la marchandise concernée. Autrement dit, la question environnementale n’est posée sous le capitalisme qu’à la condition qu’elle soit vecteur de compétitivité — ce qui est assez rare.

Une solution pour la bourgeoisie : reporter la faute sur nous

L’opposition irréductible entre accroissement des forces productives sous le capitalisme et danger brûlant du réchauffement climatique inspire à la classe capitaliste des moyens astucieux pour détourner l’attention du véritable responsable. Et voilà que dans le langage des politiciens de toutes tendances, les publicités des grandes marques — pourquoi s’en priveraient-elles ? — et même dans les discours engagés dans le sens de la lutte contre le réchauffement climatique, on retrouve tout le nécessaire à la culpabilisation du salariat. Il n’y a qu’à voir Carrefour et sa campagne ridicule « 1 achat = 1 vote », qui tente de prouver que le consommateur qui ne raque pas pour s’acheter des pâtes bio-étique-commerce équitable-responsable-eco-friendly, au lieu de farfalle premier prix, est tout aussi responsable de la crise écologique que l’industrie automobile toute entière. En bref, une culpabilisation stérile du prolétariat, qui ne doit pas nous détourner du vrai responsable : le mode de production capitaliste.

Une seule issue : la planification de la production

Notre régime de production est donc intimement lié à l’exploitation sans limite des ressources naturelles. Mais quelle est l’issue ? La réponse est dans la question : l’exploitation raisonnée est une exploitation anticipée et réfléchie. L’exploitation raisonnée va de pair avec la planification de la production. Seule la planification par les travailleurs eux-mêmes de la production, par le biais de l’État, offre une issue réaliste au problème du climat. Il est encore possible d’éviter le pire du changement climatique. Les migrations massives, les guerres pour l’eau jusque sur le sol européen ne sont pas des fatalités — pas encore du moins. Mais l’exploitation insensée des ressources ne prendra fin ni au G20, ni dans les chambres dorées de l’Élysée. C’est à nous, conscients de nous-mêmes et de cet enjeu, qu’il appartient de s’organiser et de lutter. Dans cette lutte nous n’avons rien à perdre — et l’avenir à gagner.

Jérémie Daire

Crédits : LARDON

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